|
Cette date restera
peut-être dans les annales de l’histoire de notre profession.
Car c’est lors de cette
réunion avec Marie-christine Michel et Eric Lemaitre de l’OPPBTP
que nous avons pour la première fois compris que l’action et
l’importance de Scaphmotion étaient bien réelles.
Il faut d’abord
revenir rapidement sur le rôle de l’OPPBTP : Organisme
Professionnel de Prévention du Bâtiment et
Travaux Public. Il s’agit d’un organisme existant
depuis 1947 créé à la demande des employeurs du secteur afin de
réglementer leurs activités. Actuellement cet organisme est financé
par les cotisations des entreprises ainsi que par l’état. Des
ingénieurs techniques sont donc missionnés pour plancher sur tel ou
tel aspect des différents métiers des secteurs concernés. Ils
mettent en place les réglementations qui encadrent de manière très
concrète nos métiers. Ils réfléchissent notamment beaucoup sur la
sécurité et la prévention. En effet, le BTP est vraiment le
mauvais élève de notre pays puisque que l’on y recense 30%
(environs 200 par an) des accidents mortels au travail alors qu’il
ne représente qu’un peu moins de 10% de la population active.
Depuis 2001 l’OPPBTP a
reçu comme mission du ministère du travail de revoir l’arrêté
d’application relatif au décret concernant l’hyperbarie. Cet
organisme s’est donc mis à « enquêter » sur la
profession de scaphandrier. Les résultats de cette étude
préliminaire ont été en gros les suivants. Il s’agit d’une
activité se trouvant dans un état de décrépitude certain que l’on
peut résumer ainsi :
-
Une législation qui
dans sa rédaction n’est pas toujours précise ; qui a été
jugée incomplète (certains aspects ne sont jamais abordés) et qui
n’est pas appliquée systématiquement.
-
Un état global du
matériel vétuste et mal entretenu.
-
L’absence totale
d’innovation.
-
L’impossibilité
de faire un recensement du nombre de scaphandrier. Par contre
environ 190 sociétés ont pu être identifiées.
-
L’âge moyen de la
profession serait de 40 ans.
-
Pas de réelle
harmonisation des pratiques.
-
Une perte importante
de savoir faire des entreprises françaises par rapport à ce qui se
faisait il y a 30 ans. Et surtout très peu de vision d’avenir.
-
Un niveau de
formation très bas.
-
Un temps de passage
très court dans le métier (moins de 10 % de l’effectif formé
exerce encore après 5 ans).
Devant ce constat, s’est
posée la question de savoir ce que l’on faisait de cette
profession (qui n’en est d’ailleurs pas une, autre point bien mis
en évidence…). Est-il nécessaire d« investir » dans
cette activité marginale, à la fois en termes de personnes
employées que de chiffre d’affaires ? On parle ici de macro
économie. C’est en considérant cette réalité que l’OPPBTP et
le ministère du travail se sont questionnés pour déterminer s’il
fallait continuer à s’intéresser à l’hyperbarie. Un scénario
étant toujours possible et surtout plus facile : ne rien faire
et laisser cette activité vivoter dans son marasme actuel. L’idée
étant de dire que si l’on manquait occasionnellement de
main-d’oeuvre ou de savoir faire on pouvait toujours faire appel
aux étrangers (l’Europe c’est aussi fait pour ça). Il était
donc question d’externaliser (c’est très à la mode en ce
moment) notre métier.
Mais tous ces travaux de
réflexion ont aussi mis en évidence les secteurs dans lesquels nous
sommes indispensables : l’énergie (nucléaire, hydroélectrique,
Pétrochimie, ...) grosses infrastructures (ponts, quais…). Des
secteurs stratégiques que l’on ne peut pas abandonner au premier
venu. Nous sommes donc passés du stade de profession à la
« déroute » à celui de profession stratégique. Cela
peut vous paraître incroyable mais c’est ainsi que se sont passées
les choses. Nous sommes donc heureux de vous apprendre que vous
pratiquez une « profession stratégique » pour environ 12
euros de l’heure…
Pour faire accepter des
modifications dans une législation, l’OPPBTP doit prouver que la
concertation ayant abouti à déterminer des changements, a bien pris
en compte l’avis des différents intervenants du secteur. Le SNETI
est donc naturellement devenu très vite un de leurs interlocuteurs
privilégiés. Scaphmotion étant le seul organisme représentant de
salariés scaphandriers, nous avons été aussi associés aux travaux
de réflexion. De cette manière l’OPPBTP pouvait se prévaloir
d’un fonctionnement paritaire. Ce qui était d’ailleurs une
obligation imposée par le ministère de travail.
Ils nous a donc été
demandé de réfléchir sur deux grands thèmes :
D’une part l’aspect
purement technique et d’autre part la formation.
Dans le premier cas, des
questions très précises nous ont été posées, notamment sur
l’utilisation des mélanges et la plongée par système. Il nous a
été aussi donné la possibilité d’émettre des demandes de
modification. Nous ne rentrons pas ici dans les détails pour vous
présenter de manières exhaustives ces modifications car nous serons
bientôt en mesure de mettre en ligne le projet d’arrêté. Voilà
juste les points sur lesquels nous avons insisté et qui ont tous été
retenus :
-
Obligation
d’utiliser la même méthode de plongée pour le plongeur 1 et le
plongeur secours : fini donc le mauvais « bi »
traînant dans un coin du chantier.
-
Tous les casques
doivent avoir un manifold attenant au casque lui-même : fini
les manifolds qui se balade quelque part sur le sanglage ainsi que
de mauvais AGA, EXO 26, CRESSI.
-
Interdiction de
plonger a l’air au-delà de 50 m.
-
Plongée autonome
interdite au-delà de 50 m.
-
La plongée au
narguilé doit toujours être privilégiée.
Le projet revoit aussi
l’organisation d’une équipe en termes de rôles qui peuvent
changer en fonction de différentes situations : surtout en cas de
problème. C’est une approche à laquelle nous ne sommes pas
culturellement habitués mais qui pourra nous permettre d’appréhender
sous un angle différent notre travail en équipe. Cela aura aussi
pour conséquence possible de faire augmenter la taille des équipes
: nous sommes tous conscients de la difficulté de gérer
convenablement un problème quand nous ne sommes que trois sur un
chantier. Tous les détails seront communiqués avec l’intégral du
projet.
À notre avis c’est
dans le volet formation que les modifications seront les plus
importantes, une fois de plus si le projet est validé par le
ministère de travail.
Pour résumer : le
classe II que nous connaissons actuellement, deviendrait une sorte de
tronc commun, lequel ne donnerait pas tout de suite le titre de
scaphandrier . Ce stage devrait durer sensiblement le même temps que
le classe II actuel. Il donnera seulement l’autorisation de
s’immerger sur des chantiers en tant qu’apprenti. En aucun cas il
ne donnera la possibilité d’être le « troisième »,
il faudra intégrer une équipe déjà au complet de trois
scaphandriers confirmés. Ces stages en entreprise seront réalisés
sur le mode de l’alternance afin de valider sept modules de
connaissance. Les candidats ne deviendront des scaphandriers en titre
qu’au bout d’une formation estimée à 18 mois. Les connaissances
antérieures à la formation pourront bien sûr être validées :
on ne demandera pas à un chaudronnier d’aller passer le module
soudure / découpage.
Cela correspond à une
formation estimée entre 750 et 900 heures. Ce qui nous amènerait au
niveau de ce qui se fait en Belgique, Allemagne, Norvège, Canada,
USA…
Le projet nous propose
donc une formation digne de ce nom qui nous semble être une voie
indispensable pour l’obtention d’une reconnaissance
professionnelle. La conjugaison des modifications de la formation et
de l’aspect technique nous permettra d’engager de réelles
discutions sur notre statut professionnel. Nous vous rappelons que le
métier de scaphandrier n’existe pas. Nous possédons juste une
spécialisation des travaux publics. Il faut bien comprendre que pour
nous, le réel enjeu de ce projet est de nous positionner de telle
manière que nous pourrons engager par la suite les discutions pour
obtenir un véritable statut : avec des véritables diplômes
qualifiants, grille de salaire, pénibilité reconnue, convention
collective, etc... Un métier quoi !
C’est en gros l’étape
suivante, mais qui passe obligatoirement par l’acceptation de ce
projet par le ministère du travail. L’OPPBTP nous reconnaît comme
un interlocuteur sérieux et représentatif des salariés
scaphandriers. Mais il semblerait que certains tentent de remettre
notre légitimité en cause. Il ne nous reste qu’à nous appuyer
sur notre base pour démontrer que cela est faux. La commission
(commission spéciale n° 2) qui validera ce projet va siéger en
décembre au Conseil d’état. D’ici là, il faut que notre
association monte en puissance. Nous demandons donc à tous ceux qui
croient en ce projet d’en parler dans leur cercle de travail.
Concrètement, il faut que le nombre des membres augmente rapidement
pour que notre légitimité soit incontestable.
Car, si l’on y pense,
c’est bien la première fois qu’on demande leur avis aux types
qui mettent quotidiennement la tête sous l’eau. Ce serait dommage
de ne pas profiter de l’occasion que nous offre l’OPPBTP, cela
ne se reposera pas de si tôt!
Scaphmotion
|