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L’idée d'écrire cet article à
germé doucement en moi, en même temps que j’évoluais dans le
métier. En fait je voudrais revenir sur la notion de paye :
quel est notre salaire, combien
gagne-t’on vraiment ?
Pendant la formation à l’INPP je
me rappelle d'un instructeur qui nous disait « vous aller voir
les gars en ce moment, il y a moyen de faire de l’argent, les mecs
gagnent 900 francs jours » ce qui vu comme ça n’est
pas si mal. Puis par la suite, comme tout le monde, je me suis mis à
parler de mon salaire de la même manière 150 euros par là 160 par
ici….
Sauf que progressivement, il faut
dire que le Scaph à la tronche dure et j’ai réalisé que c’était
une vraie aberration de parler ainsi… Car notre salaire correspond
uniquement à ce que l’on gagne en tarif horaire, le reste ce n’est
pas du salaire mais des primes que l’on nous donne pour nous
déplacer, dormir, rouler, acheter du matos …Dans notre activité,
les gars sont tellement indépendants dans leur tête qu’ils se
sont pris pour de vrais « free lance » à l’anglosaxonne
et ils raisonnent en chiffre d’affaires. Il faut aussi dire que,
autant les boîtes d’intérim, que les patrons nous ont poussé
dans ce travers puisqu’ils s’expriment de la même manière. Ce
qui les arrangent bien car cela permet d’entretenir une certaine
confusion.
Donc depuis quelque temps, j’étais
dans cette démarche qui consistait à comprendre vraiment ce
qu’était un salaire. Je dois aussi dire qu’un certain discours
ambiant, entendu régulièrement sur les chantiers a motivé ma
réflexion. Le fait de dire qu’il valait mieux toucher un salaire
horaire faible et des primes gonflées était préférable car on
n’était pas imposé sur les primes me paraissait complètement
absurde, idiot et surtout improductif dans une démarche globale de
défense du métier. Tout cela m’a aussi permis de comprendre
que finalement peu de scaphs (et de gens en général), et moi le
premier il y encore pas si longtemps, comprenaient vraiment la
composition d’un salaire .
Pour faire vite on peut résumer un
salaire de la manière suivante : celui-ci est composé en deux
parties: Un salaire direct et un salaire indirect .
Le salaire direct correspond à notre
tarif horaire net.
Le salaire indirect à la différence
entre notre brut et net ainsi qu’un certain nombre de charges
sociales payées par notre employeur que nous ne voyons pas forcément
apparaître. Cette dernière partie étant fonction de la première
puisqu’il s’agit d’un pourcentage.
Donc plus notre tarif horaire est
important plus notre salaire indirect est élevé. Concrètement plus
notre cotisation retraite est forte ainsi que nos indemnités
chômages et maladies. Cela concerne aussi notre couverture sécu, nos
droits à la formation etc.…
Tout ce système à été mis en
place par le conseil national de la résistance après la seconde
guerre mondiale partant du principe qu’il fallait mutualiser une
partie des salaires afin de mutualiser une partie des risques de la
vie. Il a donc été décidé qu’une partie du salaire du salarié
ne lui serait pas versée directement mais serait versée à des
caisses (retraite, maladie…) Pour être géré collectivement .
Mais ces cotisations n’en reste pas moins une partie du salaire du
travailleur.
Cela revient à penser de la manière
suivante : les personnes en bonne santé payent pour les malades
en se disant que le jour où elle sont malheureusement concernées
elles pourront « s’appuyer » sur les valides pour
prendre en compte le coût de leurs soins. Et l’on peut décliner
ce principe à la retraite par répartition, chômage etc… Pour
faire vite on peut résumer cette philosophie aux fondements du pacte
social français.
` Tout cela a plusieurs conséquences.
Très simples à comprendre :
-Plus notre salaire horaire est
faible plus notre salaire indirect est faible et donc le niveau de
prestation social auquel nous accédons est bas. Tout cela est à
bien méditer quand on pense à nos avenirs personnels.
-Chaque fois qu’une réforme nous
explique que le niveau de cotisation patronal baisse (d’ailleurs
maintenant on dit charge patronale…) on baisse en fait notre
salaire puisque c’est sur cette partie qu’est calculé tout ce à
quoi nous avons droit. Tout cela passe d’autant mieux dans
l’opinion public que nous sommes maintenant dans ce contexte
général, depuis une trentaine d’années, de dérégulation
généralisée, de remise en cause de la notion de solidarité au
sein d’une société et d’un individualisme élevé au rang de
valeur première (surtout dans le monde de l’entreprise et des
grandes écoles sans parler des médias en général).
Donc quand nous acceptons de nos
patrons des salaires horaires faibles, et c’est quasiment toujours
le cas au profit d’IGD, nous travaillons contre nos intérêts
collectifs. Par contre nous faisons un cadeau à notre employeur.
D’ailleurs ceux-ci se sont bien arrangés pour faire entrer dans
nos consciences le contrat tacite suivant:
« Quel que soit le chantier on
vous donne les IGD » .
En réalité il s’agit dans de
nombreux cas de salaires déguisés. Ce qui en soit est très
dangereux car dans pleins de cas nous n’y avons tout simplement pas
droit. Il suffit que des contrôles sérieux aient lieu dans les
comptabilités de nos employeurs pour que nous retrouvions un tarif
horaire juste . Et dans ce cas-là il y en a certains qui vont
pleurer. Rappelez vous de la tentative d’Hydro de prendre des
plongeurs locaux sur son chantier du Cagnier (Toulon) et de ne pas
payer les IGD . Tout le monde a crié au scandale, personne ne
voulait y aller, mais pour une fois, d’un point de vue légal,
Hydro était dans son droit. Et c’est ce qui nous pend au nez si
nous ne faisons pas augmenter de manière importante nos tarifs. Car
on ne peut pas, d’un côté, demander plus de respect de la
législation et de l’autre s’offusquer quand notre employeur nous
retire des primes qu’il n’a pas le droit de nous donner!
Notre action passe aussi par un
minimum de cohérence :
on ne sera pas crédible si d’un côté
nous revendiquons l’application de la loi et que de l’autre nous
fermions les yeux quand le fait de fermer les yeux nous rapporte plus
d’argent.
Concrètement cela veut dire que nous
devons gagner correctement notre vie par notre savoir faire de
Scaphandrier et non pas par notre capacité à vivre comme des
« clochards » du lundi au vendredi….
Il nous reste donc le débat afin de
déterminer à combien doit être rémunéré un scaphandrier….
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